L'essentiel en 5 points
La musaraigne est un insectivore, pas un rongeur : elle appartient à l'ordre des Eulipotyphla, comme la taupe.
Ce n'est pas une souris : son museau est très allongé et pointu, ses yeux minuscules, son odeur musquée forte.
Certaines espèces sont protégées en France (arrêté du 23 avril 2007) ; la destruction peut être interdite selon l'espèce.
Elle est rarement nuisible : utile au jardin, elle ne ronge ni racines ni câbles. La principale gêne est l'odeur si elle meurt dans un endroit inaccessible.
Pour l'éloigner : piège de capture vivante (nasse) suivi d'un relâcher à distance, et colmatage des points d'entrée.
Qu'est-ce qu'une musaraigne ?
Pas un rongeur : un insectivore
La musaraigne est souvent confondue avec une souris ou un mulot, mais elle n'appartient pas à l'ordre des Rongeurs. Elle fait partie de l'ordre des Eulipotyphla, aux côtés de la taupe et du hérisson. Son régime alimentaire est exclusivement composé de proies animales : insectes, vers de terre, larves, limaces. Elle ne ronge rien et ne s'attaque pas aux réserves alimentaires.
En France, les deux espèces les plus communes sont :
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Crocidura russula (crocidure musette ou musaraigne musette) : la plus répandue, présente dans presque toute la France métropolitaine. Dents blanches, pelage brun-gris à brun-roux, ventre plus clair.
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Sorex araneus (musaraigne carrelet ou musaraigne commune) : présente dans les zones plus fraîches et boisées. Reconnaissable à ses dents aux pointes rougeâtres, caractéristiques du genre Sorex.
D'autres espèces existent en France : Sorex minutus, Sorex coronatus, Neomys fodiens (musaraigne aquatique), Crocidura suaveolens, etc.
Morphologie et identification
Le trait distinctif principal de la musaraigne est son museau très allongé et pointu, prolongé par de longues vibrisses (moustaches). À première vue, cela suffit à la distinguer de la souris ou du mulot.
Caractéristiques morphologiques :
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Museau : très allongé, fin, pointu - critère d'identification n° 1
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Yeux : minuscules, peu visibles sous le pelage
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Oreilles : petites et rondes (bien visibles chez Crocidura russula, plus discrètes chez Sorex araneus)
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Pelage : brun-gris à brun-roux sur le dos, ventre plus clair
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Queue : fine, couverte de poils épars
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Taille (corps seul) : 52 à 93 mm selon l'espèce
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Poids : 6 à 15 g selon l'espèce
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Odeur : forte odeur musquée, produite par des glandes odoriférantes situées sur les flancs
Habitat et comportement
La musaraigne fréquente les jardins, haies, prairies, lisières de forêt et zones de compost. Elle vit au sol, sous les feuilles mortes, dans les galeries superficielles ou sous les pierres.
Elle entre parfois dans les maisons, surtout en automne et en hiver, à la recherche de chaleur ou de proies. Il s'agit généralement d'une intrusion accidentelle : la musaraigne ne construit pas de nid à l'intérieur des habitations.
Régime alimentaire : une alliée du jardinier
La musaraigne consomme chaque jour une quantité de nourriture proche de son propre poids corporel, en raison d'un métabolisme extrêmement rapide (fréquence cardiaque pouvant atteindre 1 000 à 1 500 battements par minute). Elle mange :
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Insectes et leurs larves
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Vers de terre
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Limaces et escargots
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Petits invertébrés
Ce régime alimentaire en fait une auxiliaire précieuse du jardin, qui régule naturellement les populations de ravageurs.
Musaraigne ou souris : comment les différencier ?
La confusion entre musaraigne et souris est fréquente, notamment chez les personnes qui aperçoivent furtivement un petit animal brun. Le tableau ci-dessous récapitule les différences essentielles pour une musaraigne identification rapide sur le terrain.
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Critère |
Musaraigne |
Souris |
|---|---|---|
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Museau |
Très allongé et pointu |
Court et arrondi |
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Yeux |
Minuscules, peu visibles |
Grands et ronds |
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Oreilles |
Petites et rondes |
Grandes et dressées |
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Taille (corps) |
52–93 mm |
70–100 mm |
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Régime alimentaire |
Insectivore (insectes, vers, limaces) |
Omnivore (graines, aliments, déchets) |
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Dents |
Blanches (Crocidura) ou à pointes rougeâtres (Sorex) |
Blanches, incisives très visibles |
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Odeur |
Forte odeur musquée persistante |
Odeur faible |
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Comportement en maison |
Intrusion accidentelle, ne s'installe pas |
Peut s'installer et nidifier |
Pour aller plus loin sur les différences entre petits mammifères, consultez notre article mulot ou musaraigne.
La musaraigne est-elle dangereuse ?
Pour l'homme
La musaraigne n'est pas dangereuse pour l'homme dans les conditions normales. Quelques précisions importantes :
Sur la question du venin : certaines espèces de musaraignes dans le monde (notamment Blarina brevicauda en Amérique du Nord) possèdent une salive légèrement toxique qui leur permet d'immobiliser de petites proies. En France, les espèces communes comme Crocidura russula et Sorex araneus ne sont pas venimeuses pour l'homme. La réputation de « musaraigne venimeuse » est donc largement infondée pour les espèces françaises.
Sur les morsures : la musaraigne mord extrêmement rarement. Elle est craintive et cherche à fuir plutôt qu'à attaquer. En cas de contact accidentel, une morsure reste bénigne.
L'odeur musquée constitue la nuisance la plus concrète : les glandes odoriférantes situées sur les flancs dégagent une odeur forte et persistante. Si une musaraigne meurt dans un mur, sous un meuble ou dans un espace inaccessible, l'odeur peut persister plusieurs jours.
Les chats chassent fréquemment les musaraignes mais ne les mangent généralement pas, précisément à cause de cette odeur musquée repoussante.
Pour le jardin
La musaraigne est globalement bénéfique pour le jardin. Elle consomme des insectes nuisibles, des larves de hannetons, des limaces et d'autres invertébrés qui s'attaquent aux cultures.
Elle peut creuser de petites galeries superficielles dans la terre meuble ou le compost, mais ces galeries restent peu profondes et sans impact structurel.
Point important : la musaraigne ne ronge pas les racines ni les bulbes. Ce type de dégât est caractéristique du campagnol, un rongeur avec lequel elle est parfois confondue. Si des bulbes ou des racines disparaissent dans votre jardin, la musaraigne n'en est pas responsable.
La musaraigne est-elle protégée ?
Le statut légal varie selon les espèces. En France, l'arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l'ensemble du territoire protège certaines espèces de musaraignes, notamment la musaraigne aquatique (Neomys fodiens) et la musaraigne de Miller (Neomys anomalus).
La musaraigne musette (Crocidura russula), espèce la plus commune, n'est pas inscrite sur la liste nationale de protection au titre de cet arrêté. Elle figure en revanche à l'annexe III de la Convention de Berne, qui recommande sa protection sans l'interdire formellement.
Implications pratiques :
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Pour les espèces protégées (Neomys fodiens, Neomys anomalus) : la destruction, la capture et la perturbation intentionnelle sont interdites. Seul l'éloignement passif (suppression des abris, colmatage des entrées) est légalement acceptable.
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Pour Crocidura russula : aucune interdiction nationale de capture, mais la Convention de Berne recommande de ne pas la détruire inutilement.
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Dans tous les cas, le recours à des poisons rodenticides n'est pas adapté à la musaraigne : elle n'est pas un rongeur et n'est pas attirée par les appâts céréaliers classiques.
En cas de doute sur l'espèce présente, il est préférable d'opter pour la méthode de capture vivante, qui est légale quelle que soit l'espèce.
Pourquoi la musaraigne entre-t-elle dans la maison ?
La musaraigne ne cherche pas à s'installer durablement dans une habitation. Les intrusions s'expliquent par deux raisons principales :
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Recherche de chaleur : en automne et en hiver, les musaraignes peuvent se faufiler à l'intérieur par des fentes ou des interstices pour fuir le froid.
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Poursuite de proies : une musaraigne peut suivre une piste d'insectes ou de vers jusqu'à l'intérieur d'un bâtiment.
Durée de vie très courte : la musaraigne vit en moyenne 12 à 18 mois dans la nature, parfois jusqu'à 24 mois. Son métabolisme extrêmement rapide impose une alimentation quasi continue ; un jeûne de quelques heures peut lui être fatal. Il n'est donc pas rare de trouver une musaraigne morte dans la maison, sans qu'elle y ait séjourné longtemps.
La principale nuisance en intérieur est précisément cette odeur persistante lorsqu'elle meurt dans un endroit inaccessible (derrière une plinthe, dans un vide sanitaire, sous un parquet). La musaraigne dans la maison est donc davantage un problème olfactif qu'un problème de dégâts matériels.
Comment éloigner une musaraigne ?
Dans le jardin - laisser faire ou dissuader
La présence d'une musaraigne au jardin est, dans la grande majorité des cas, une bonne nouvelle. Elle régule naturellement les populations d'insectes nuisibles et de limaces.
Si sa présence est gênante (galeries dans une plate-bande, passage fréquent près d'une entrée) :
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Supprimer les abris : tas de bois, feuilles mortes accumulées contre les murs, pierres plates au sol - autant d'abris que la musaraigne utilise.
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Entretenir les haies et les bordures : une végétation dense au ras du sol facilite ses déplacements et sa présence proche de la maison.
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Ne pas utiliser de poison : les rodenticides ne sont pas efficaces sur les insectivores et peuvent intoxiquer les prédateurs (rapaces, chats) qui consommeraient une musaraigne empoisonnée.
Dans la maison - capture et relâcher
Si une musaraigne s'est introduite dans la maison, la méthode la plus adaptée est le piège de capture vivante (nasse ou cage de capture) :
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Placer la nasse le long d'un mur ou d'une plinthe, là où des traces de passage ont été observées.
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Appâter avec un ver de terre, un insecte ou un petit morceau de viande (la musaraigne n'est pas attirée par le fromage ni les céréales).
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Vérifier le piège toutes les 2 à 3 heures : en raison de son métabolisme rapide, la musaraigne ne peut pas rester longtemps sans manger.
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Relâcher à plus de 500 mètres de l'habitation, dans un milieu naturel adapté (haie, lisière de bois, prairie).
Une cage de capture adaptée aux petits mammifères convient parfaitement. Consultez la catégorie cages de capture pour trouver le modèle adapté à la taille d'une musaraigne.
Colmater les points d'entrée
La musaraigne peut se faufiler par des fentes de moins d'un centimètre. Pour empêcher les intrusions :
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Joints de portes et fenêtres : vérifier l'état des joints de bas de porte ; un bas de porte brosse ou caoutchouc suffit à bloquer le passage.
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Fissures dans les fondations : colmater avec du mastic ou de la laine d'acier (la musaraigne ne ronge pas, mais peut passer par les interstices).
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Grilles d'aération : vérifier que les grilles sont intactes et que les mailles sont suffisamment fines (inférieures à 5 mm).
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Passage de câbles et tuyaux : tout interstice autour des passages de canalisations doit être rebouché.
Ces mesures préventives sont efficaces contre la musaraigne mais aussi contre les souris, mulots et autres petits mammifères susceptibles de s'introduire dans les habitations.

FAQ
La musaraigne est-elle protégée en France ?
Partiellement. La musaraigne aquatique (Neomys fodiens) et la musaraigne de Miller (Neomys anomalus) sont protégées par l'arrêté du 23 avril 2007 sur les mammifères terrestres protégés. La musaraigne musette (Crocidura russula), la plus commune, n'est pas sur la liste nationale de protection, mais figure à l'annexe III de la Convention de Berne. En pratique, il est recommandé de ne jamais détruire une musaraigne et de privilégier la capture vivante suivie d'un relâcher.
Que faire si je trouve une musaraigne morte dans ma maison ?
Ramasser la musaraigne avec des gants (pour éviter le contact avec d'éventuels parasites) et la déposer dans un sac fermé avant de la jeter. Si l'odeur persiste sans que le cadavre soit visible, il se trouve probablement dans un espace inaccessible (derrière une plinthe, dans un vide de cloison). L'odeur disparaît naturellement en quelques jours à quelques semaines selon la taille de l'animal et la ventilation du local. Un désodorisant professionnel peut accélérer la disparition des odeurs.
La musaraigne pique-t-elle ou mord-elle ?
La musaraigne ne pique pas. Elle peut mordre si elle est manipulée ou coincée, mais les morsures sont rares et bénignes. Les espèces françaises comme Crocidura russula ne sont pas venimeuses pour l'homme. En cas de morsure, nettoyer la plaie à l'eau et au savon et consulter un médecin si la plaie est profonde, comme pour toute morsure d'animal sauvage.
Comment savoir si c'est une musaraigne ou une souris ?
Le critère le plus fiable est le museau : très allongé et pointu chez la musaraigne, court et arrondi chez la souris. Les yeux de la musaraigne sont minuscules et peu visibles, ceux de la souris sont grands et ronds. Les oreilles de la souris sont grandes et dressées ; celles de la musaraigne sont petites. Enfin, l'odeur musquée forte est caractéristique de la musaraigne. La souris ne dégage pas cette odeur.
La musaraigne est-elle nuisible pour le jardin ?
Non, dans la grande majorité des cas. La musaraigne est une auxiliaire du jardin : elle consomme des insectes nuisibles, des larves, des limaces et des vers. Elle ne ronge pas les racines, les bulbes ni les végétaux. Les galeries qu'elle peut creuser sont superficielles et sans impact réel sur les cultures. Si des bulbes disparaissent dans votre jardin, c'est le campagnol - un rongeur - qui en est responsable, pas la musaraigne.
Sources utiles
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Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) - Fiche Crocidura russula - Muséum National d'Histoire Naturelle
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Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l'ensemble du territoire - Légifrance
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Convention de Berne - Liste des espèces de l'annexe III - INPN / Conseil de l'Europe